L’euro numérique

Euro numérique
Auteur : Matthieu Louvet
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Tout le monde a entendu parler du Bitcoin. Cette cryptomonnaie a vu le jour en 2009, et a ouvert la voie à bien d’autres monnaies virtuelles pour le meilleur et pour le pire. Une vingtaine d’années plus tard, la banque centrale européenne souhaite lancer l’euro numérique. Loin de la volatilité et du cirque médiatique relatifs au Bitcoin, ce projet de grande envergure est encore au stade de développement. Tour d’horizon.

La Banque centrale européenne en bref

La Banque centrale européenne (BCE) est la seule institution qui peut légitimement lancer un tel projet. Avant d’aborder l’euro numérique, résumons quelques caractéristiques de cette banque très particulière.

BCE : rôle et mission

Europe et banques

La BCE est la banque centrale de l’euro, monnaie des 21 pays d’Europe, continent composé de 700 millions d’habitants début 2026. Fondée en 1998, la BCE se situe à Francfort (Allemagne). Elle applique une politique monétaire conjointement avec les 19 banques centrales nationales. Un des principaux objectifs est de garantir la stabilité des prix en euros.

L’inflation annuelle (hausse générale des prix) visée par la BCE est de 2 %. Il est intéressant de noter que ce chiffre est empirique : il n’est pas soutenu par une convergence de travaux académiques. Des prix croissants incitent naturellement les gens à dépenser sans repousser.

Les dépenses des uns sont les revenus des autres, par conséquent une inflation maîtrisée aide le moteur de l’économie à tourner. A l’inverse, la déflation (baisse générale des prix) incite à retarder les dépenses, donc les revenus des autres aussi. Ce qui peut gripper le moteur d’une économie. La BCE souhaite éviter la déflation.

Inflation et taux directeurs

La BCE est également garante de la confiance qu’ont les gens dans la monnaie et le système de paiement. Elle doit de plus piloter les taux d’intérêts directeurs à court terme : taux auquels la BCE prête aux banques commerciales. Ces dernières répercutent ces taux sur les clients (particuliers, entreprises).

En cas d’inflation trop faible, la BCE baisse ses taux. Le coût d’emprunt baissant, les clients empruntent plus facilement de l’argent. Ce qui favorise la demande (les achats de biens et de services) face à l’offre, et fait remonter l’inflation.

Si l’inflation est jugée trop forte, la BCE remonte ses taux d’emprunt : le coût de l’emprunt devient donc plus cher, incitant les clients à y avoir moins recours. Ce qui a tendance à baisser la demande face à l’offre, et faire baisser l’inflation.

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Les taux d’emprunt de la BCE se répercutent sur les clients finaux des banques

Depuis novembre 2014, la BCE supervise les plus grandes banques de la zone euro, en vérifiant que les opérations sont conformes aux règles bancaires. Enfin, cette institution se coordonne avec les banques centrales nationales (comme la Banque de Paris pour la France) afin de fabriquer notre monnaie : pièces et billets en euros que nous connaissons tous.

Quelques chiffres sur les euros de la BCE

En 2025, environ 70 milliards d’euros en billets en ont été fabriqués par les banques centrales en Europe, sous la direction de la BCE. De fortes variations sont observées : le tableau ci-dessous montre les chiffres de 2008 et 2009, année de la crise des subprimes.

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Source : création monétaire de la BCE

Notons que cette monnaie, en pièces et billets, est dite fiduciaire. Ce type de monnaie ne représente que 10 % de la monnaie en euros. Les 90 % restants le sont sous forme de monnaie scripturale, créés par les banques commerciales, notamment lors des crédits accordés aux clients.

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L’euro numérique

L’euro numérique n’est pas le Bitcoin

Le Bitcoin est la cryptomonnaie la plus connue. Le site web de la BCE précise bien que l’euro numérique sera fondamentalement différent de la reine des crypto. L’euro numérique doit s’inscrire dans la continuité des euros que l’on connait déjà tous. A savoir, pas de spéculation sur sa valeur intrinsèque. Pas de variations instantanées suivant l’offre et la demande. Pas de décentralisation non plus comme pour le Bitcoin. 1 € restera toujours 1 €, en monnaie fiduciaire, scripturale ou numérique, le tout garanti par la BCE.

Euro électronique et vie privée

La BCE annonce qu’elle ne pourrait pas identifier les personnes impliquées dans une transaction, ni savoir ce qui est payé avec l’euro numérique. Ce sujet est sensible car il touche à la vie privée des gens. Sans surprise, cette question soulève déjà des débats, bien en amont du jour J où cette monnaie numérique sera utilisable.

Parcourons désormais les principaux arguments de la BCE en faveur de la mise en place d’un euro numérique.

Les raisons de l’euro numérique

La souveraineté monétaire

La souveraineté d’un Etat est relative au pouvoir exclusif qu’il exerce sur son territoire et sa population, ainsi que son insoumission à un autre Etat. Cette caractéristique implique également la monnaie faisant foi dans cet Etat.

Une des raisons pour lesquelles la BCE n’apprécie pas le Bitcoin est précisément cela : personne ne contrôle Bitcoin. Sa valeur découle de la confiance que les gens lui accordent, sans y être contraints. L’euro, quant à lui, est contrôlé et imposé par la BCE, qui le régule et applique sa politique monétaire en vue d’une relative stabilité des prix.

Dans cet objectif de souveraineté monétaire, 2 réseaux de paiements bien connus y font obstacle : VISA et Mastercard. Ils sont tous 2 américains, et opèrent environ 2/3 des transactions bancaires en Europe. L’un des objectifs de la BCE est par conséquent de gagner en indépendance, en contrôlant davantage les transactions sur son sol.

Contrer les stablecoins

A l’opposé du Bitcoin dont le cours peut fluctuer allégrement d’un jour à l’autre, celui d’une crypto stablecoin doit rester stable (d’où son nom). Typiquement, un stablecoin doit garder la valeur d’1 dollar ou d’1 euro, quelles que soient les conditions de marché.

A ce sujet, il existe le « Guiding and Establishing National Innovation for U.S. Stablecoins Act » abrégé en « GENIUS Act ». Il s’agit de la 1ère loi fédérale aux États-Unis qui réglemente les stablecoins. L’objectif est d’apporter un cadre règlementaire et officiel aux stablecoins en $, qui était attendu par de nombreux acteurs du secteur de la crypto.

Cette initiative politique a, entre autres, pour effet de renforcer la confiance que peuvent avoir les gens envers ces stablecoins. La BCE redoute que de telles initiatives détournent une partie des dépôts des européens au profit d’acteurs outre Atlantique. Amenuisant une nouvelle fois encore la souveraineté monétaire de la BCE.

Souplesse du numérique

Chaque année qui s’écoule banalise davantage les transactions bancaires électroniques. En proposant l’euro numérique, la BCE estime compléter de façon pertinente l’usage actuel des euros.

Cette nouvelle forme permettra à la BCE de proposer de nouvelles fonctionnalités. D’après la BCE, passer des euros réels aux numériques se fera simplement. Un commerçant devra toutefois être équipé afin d’accepter un paiement en euro numérique.

Résilience du réseau

Un autre argument affiché par l’euro numérique est de pouvoir assurer sa mission même sans connexion internet ni électricité. Ce qui n’est pas le cas des terminaux de paiement actuels, qui en ont besoin pour fonctionner.

Baisse des coûts pour les commerçants

Chaque transaction opérée par carte bancaire entraine des frais supportés par le commerçant à qui on règle une somme. L’euro numérique sera censé abaisser ces coûts. En effet, aujourd’hui une transaction bancaire implique plusieurs couches de services, où chaque intermédiaire prélève une commission. En particulier, Visa et Mastercard, 2 entreprises privées cherchant à maximiser leurs profits.

Par opposition, la BCE aura établi une infrastructure au statut de bien public européen, conçu pour fonctionner avec moins d’intermédiaires. De plus, aucun ticket ne sera imprimé en cas de transaction en euro numérique, un bon point pour l’environnement.

L’euro numérique en 2026 : statut d’avancement

Un projet complexe

Bien que la BCE ait initié la réflexion en 2020, l’euro numérique ne verrait le jour qu’en 2029, au mieux. Un parcours administratif long et fastidieux doit être suivi en vue de concrétiser cet ambitieux projet.

Les difficultés se trouvent également côté technique, impliquant un partenariat entre la BCE, les banques centrales nationales (publiques) et des entreprises privées. Leur mission : mettre au point les systèmes informatiques qui feront fonctionner l’euro numérique. Et ce, en respectant nombre de contraintes de sécurité, performance, ou résilience pour ne citer qu’elles.

Notons que sur le site officiel de la BCE, a minima dans ses versions anglaise et française, le temps du futur laisse place au conditionnel. Comme si la BCE souhaitait manier l’euro numérique avec des pincettes, n’étant pas totalement convaincue de sa réalisation à venir.

En mai 2026, la BCE table sur un coût de développement de 1,3 milliards d’euros entre le début du projet et l’émission initiale en 2029. Auxquels devraient s’ajouter des coûts d’exploitation de 320 millions par an à partir de cette année-là. Ces coûts sont indirectement supportés par les contribuables européens.

Une 1ère phase de test encourageante

Un rapport a été rédigé par la BCE en septembre 2025, au sujet de la plateforme d’innovation de l’euro numérique. Il présente les conclusions établies à l’issue d’une 1ère phase d’expérimentation menée par 70 participants, comprenant entre autres des banques, des fintechs et des universités. Souhaitons que de cette intelligence collective naissent de brillantes idées qui faciliteront le quotidien de centaines de millions de personnes.

Prenons quelques exemples de fonctionnalités testées lors de cette phase : le paiement conditionnel. Cela permet de valider une transaction uniquement si des conditions définies à l’avance sont remplies. Ainsi, le paiement à un vendeur ne se fera que si la livraison du produit à l‘acheteur s’est bien déroulée. Ce paiement conditionnel pourrait également s’étendre à un commerçant hors UE. Cette fonctionnalité autoriserait alors une transaction entre l’euro et l’autre devise, au meilleur taux de change, si les conditions requises par les 2 parties sont réunies.

Ou encore des fonctionnalités pour le B2B (business to business) : un producteur de biens n’aurait qu’une seule transaction à initier pour payer plusieurs partenaires. Ce qui est censé faciliter et améliorer la lisibilité des paiements.

Une 2nde phase pour avancer

A l’issue de cette 1ère phase d’expérimentation prometteuse, la BCE a décidé d’en engager une seconde, dont les résultats devraient être publiés en 2026. Pas d’emballement cependant : le 1er rapport précise que les simulations ont été effectuées sur un système plus simple que celui visé en version finale.

De plus, seules certaines des fonctionnalités évoquées dans ce dernier seront proposées dès la mise en place réelle à grande échelle. Les plus complexes seront disponibles plus tard.

En bref, l’euro numérique se trouve dans les cartons de la BCE depuis quelques années déjà. On comprend aisément que l’ampleur du projet, par ses aspects légaux et techniques, relève d’une complexité requérant de nombreux acteurs, et surtout du temps.

Dans le scénario le plus optimiste, les européens pourraient utiliser l’euro numérique dès 2029 avec en 1er lieu les fonctionnalités les plus simples. Par la suite complétées progressivement par les plus complexes. D’ici là, la BCE aura publié de nouveaux rapports, faisant état des conclusions des pionniers impliqués dans ce vaste projet. Numériques ou non, apprenez faire travailler vos euros avec la formation en Bourse offert par S’investir.

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FAQ

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Il s’agit d’une monnaie électronique complémentaire aux pièces et billets que l’on connait tous. La Banque centrale européenne la développe, et pourrait la rendre utilisable à partir de 2029 au mieux. Elle apporterait de la souplesse dans les paiements et serait facile d’utilisation.

Les difficultés techniques et juridiques d’un tel projet nécessitent des années afin de le finaliser. 2029 est la date la plus optimiste en vue d’une utilisation à grande échelle.

Un plafond de 3 000 € numériques est prévu. Les banques permettront un accès facile à un portefeuille d’euros numériques, transférables vers d’autres comptes.

Même si le Bitcoin est la 1ère cryptomonnaie qui vient en tête, l’euro numérique sera fondamentalement différent. La Banque centrale européenne contrôlera le système le faisant fonctionner, afin de garantir l’équivalence avec les euros réels, loin de la volatilité et des tumultes afférents au Bitcoin.

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