Le terme “shadow banking”, littéralement banque de l’ombre, peut évoquer quelque chose de négatif et mystérieux. Il désigne en réalité une partie intégrante de la finance quotidienne, qui répond à des règles moins strictes que celles imposées aux banques. Bien que ses contours soient délicats à identifier, elle justifie sa place dans le paysage de la finance. Découvrons ce qu’est le shadow banking.
Shadow banking : définition
Ce terme désigne les acteurs d’intermédiation financière, qui opèrent en dehors de la régulation bancaire. Le point de départ logique repose donc sur ce qu’est une banque, ainsi que la régulation la concernant.
Les principales caractéristiques d’une banque
Banque de dépôt
📌Définir une banque de manière exhaustive dépasserait le cadre de cet article. Concentrons-nous sur certaines de ses caractéristiques. La banque telle que tout particulier la connait s’appelle banque de dépôt (d’autres types de banques existent). Cet établissement financier reçoit de l’argent (les dépôts) de ses clients et s’engage à le leur rendre sur demande.
Lorsque l’on dépose 100 € à la banque, cette dernière en garde une petite partie en prévision de futurs retraits. Le reste participera aux prêts accordés à d’autre clients. C‘est par cette opération de prêts que la banque tire une bonne partie de ses revenus : en appliquant un taux d’intérêt aux sommes à lui rembourser.
💡 Cependant, la caractéristique la plus discriminante d’une banque est sa capacité à créer de l’argent ex nihilo (à partir de rien). On entend parfois dire que seules les banques centrales ont ce pouvoir, à l’instar de la banque centrale européenne (BCE) ou de la Federal Reserve (la Fed) aux USA. Mais ce n’est pas le cas : la BNP, le LCL, la Caisse d’Epargne, etc. le peuvent également. Ainsi, pour prêter 500 000 € à un particulier ou à une entreprise, une banque inscrit cette somme au passif du client (qui contracte une dette envers la banque).
Monnaie scripturale et régulation
Cette somme ainsi créée est une monnaie scripturale : c’est une écriture sur les comptes de la banque. Ce type de monnaie représente environ 90 % de la monnaie en circulation dans la zone euro. Le reste est représenté par la monnaie fiduciaire : les billets et les pièces de tous les jours. Une fois cet emprunt de 500 000 € remboursé à la banque, la monnaie suit le chemin inverse : elle est détruite, toujours par un jeu d’écriture comptable.
Afin de limiter le risque systémique, les banques sont soumises à des régulations strictes. Ratios de solvabilité, liquidité, ou encore réformes de Bâle en sont quelques exemples. Ce sont des garde-fous ⚠️: principalement limiter les prêts accordés, et conserver une liquidité suffisante pour faire face à une demande de retraits potentiellement massive.
Contrairement aux banques, les acteurs du shadow banking ne sont pas soumis à des règles aussi strictes. Une des raisons est que ces derniers ne peuvent pas créer de monnaie comme le font les banques. De même qu’ils ne peuvent pas se refinancer auprès des banques centrales.
Shadow banking : les intermédiaires de l’ombre
Un intermédiaire financier est un acteur qui s’interface entre la demande (les acheteurs) et l’offre (les vendeurs). Si cet acteur travaille en dehors du cadre bancaire, il peut appartenir au périmètre du shadow banking. Citons quelques exemples :
- assurance-vie ;
- établissements de crédit à la consommation ;
- fonds de pension ;
- fonds d’investissement ;
- crowdfunding ;
- plateformes de crypto-monnaies.
🔎 Aucun de ces acteurs n’est une banque. Pourtant, tous peuvent interagir avec l’argent des particuliers et des entreprises, et pour certains, proposer des crédits. Comment réguler ces organismes, dont certains services se rapprochent de ceux proposés par les banques, sans toutefois en être ?

Les risques du shadow banking
Une des problématiques de cette intermédiation de l’ombre réside dans ses contours : ils sont flous. Banques et acteurs de l’ombre s’adressent bien souvent aux mêmes clients.
🛠️ Le Financial Stability Board est une institution internationale qui monitore et donnes des recommandations sur le système financier mondial.Voici les chiffres de2022 donnés par ce board, en ce qui concerne les actifs financiers, classés par catégories. Ils sont exprimés en milliers de milliards de $.

Le terme shadow (ombre) paraît ici bien relatif au vu de son poids sur la scène mondiale des actifs financiers : 47 % du total 📊. Sans surprise, la grande majorité de ces actifs se trouve aux Etats-Unis.
Au terme shadow banking, le FSB (vu plus haut) lui préfère NBFI : non-bank financial intermediation. La vigilance du FSB s’est fortement accrue depuis la crise des subprimes de 2007. Cette crise financière majeure et mondiale est trop complexe pour en faire porter toute la responsabilité par le seul shadow banking. Néanmoins, comme nous le verrons par la suite avec un exemple, cet environnement peut parfois favoriser la propagation de titres financiers véreux. Et ainsi provoquer une crise systémique violente et sournoise.
Acteurs régulés (banques) et non-régulés (shadow banking) sont entremêlés. Il est donc difficile de réguler cette 2nde catégorie tout en lui laissant la place qu’elle mérite auprès des agents économiques (Etats, particuliers, entreprises, collectivités territoriales, etc.).
Exemples d’intermédiations non régulées
Illustrons les propos précédents par quelques exemples.
Finance de l’ombre et titrisation
Titrisation de prêts
Considérons une banque, dont l’une des principales activités est d’accorder des prêts à des clients, et facturer des intérêts pour se rémunérer. La banque va donc accumuler des prêts sur ses comptes, ainsi que des risques. Le principal d’entre eux étant le défaut de remboursement ❌. A savoir qu’un emprunteur ne rembourse pas son crédit.
Afin de diluer ce risque en impliquant des investisseurs externes et pouvoir accorder plus de prêts, cette banque peut « décentraliser » ces prêts ✅. Comment faire, puisque ces derniers ne sont que des lignes d’écriture comptables ? Une solution : les transformer en titres. C’est la titrisation.
Ainsi, des sociétés spécialisées (appelées SPV : special purpose vehicle) peuvent convertir de nombreux actifs illiquides en titres, par définition bien plus liquides. Une fois cette opération terminée, ces nouveaux titres se négocient sur les marchés financiers (comme des actions classiques).

Un point d’attention toutefois : une entreprise cotée en Bourse répond à des obligations de transparence financière, par le biais de rapports trimestriels. Tout investisseur, particulier comme professionnel, dispose par conséquent des informations publiques sur cette entreprise.
⚠️ En ce qui concerne des titres issus d’une titrisation, leur risque réel est bien plus opaque. Des agences de notation sont donc chargées d’évaluer le risque de ce qui est titrisé (dans notre exemple, des créances). L’honnêteté du cédant (l’acteur qui demande la titrisation, ici la banque) ainsi que la rigueur de l’agence de notation entrent en jeu. Ce sont des éléments cruciaux afin de bien renseigner les acquéreurs potentiels sur le niveau de risque desdits titres émis.
Crise des subprimes
Revenons à la crise des subprimes de 2007. Parmi les dérives financières ayant conduit à cette crise se trouve la titrisation. De nombreux particuliers américains, parfois sans grandes ressources, ont eu accès à des prêts immobiliers à des taux très bas, mais variables.
Les banques impliquées ont par la suite titrisé ces créances de mauvaise qualité (risque de défaut élevé). Un des points les plus graves est le suivant : ces dernières ont été estampillées « emprunts peu risqués » par les agences de notation. La liquidité apportée par la titrisation a fait le reste : ces créances risquées se sont propagées à grande échelle dans les portefeuilles financiers du monde entier ❌.
Les taux d’emprunt ont ensuite brusquement remonté aux USA pour contrer l’inflation, entrainant avec eux un nombre anormal de défauts de remboursement des emprunteurs. Ce qui a naturellement tiré la valeur de ces titres vers le fond. Pensant pourtant détenir des créances sûres, nombre d’investisseurs en ont fait les frais, parfois de façon dramatique. Des milliards de dollars se sont ainsi évaporés à l’échelle mondiale.
Cet exemple extrême de titrisation est bien réel, mais n’a pas pour but de condamner cette pratique. Il illustre, une fois de plus, qu’un outil bien utilisé peut servir plusieurs causes. A savoir fournir de la liquidité sur les marchés, diversifier les risques et financer des projets. Mais dans ce cas la liquidité, souvent appréciée des investisseurs, n’a fait que répandre un poison.
Intermédiations non régulées et fonds monétaires
Garantie des dépôts
Abordons désormais un autre exemple de shadow banking. Reprenons les banques de dépôt vues plus haut. Toutes cotisent au fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR). Supposons qu’une banque concernée fasse défaut (ne puisse pas rendre l’argent à ses clients). Ce fonds prend alors le relais et rembourse un maximum de 100 000 € par client et par banque.
➡️ Il s’agit d’un système de protection des épargnants en cas de crise majeure d’une banque. Pour un particulier, ce plafond paraît amplement suffisant. Pour une entreprise ayant déposé 130 000 € sur un compte courant et en cas de crise, 30 000 € seraient par conséquent à risque.
Considérons désormais un assureur. Son besoin de liquidité est considérable : payer ses salariés, rembourser des assurés en cas de sinistre, etc. Dans ce contexte, plafonner une garantie des dépôts à 100 000 € est dérisoire et inadapté. Comment conserver une grande quantité de liquidités, sans les exposer à un risque systémique trop peu couvert ? Puisque la banque doit sortir de l’équation, nous retrouvons de nouveau dans un cas de shadow banking.
Fonds monétaires
C’est ici que les fonds monétaires entrent en jeu. Ces fonds investissent dans des titres de créances (emprunts) émis par des Etats et des banques, au profil très peu risqué. Selon la banque de France, fin 2024, le volume échangé sur le marché monétaire de l’euro était de 1 800 milliards € par jour. De plus, ces fonds livrent une performance proche de celle de l’Ester (Euro short-term rate), environ 2 à 3 % par an.
✅ En résumé, les fonds monétaires sont donc :
- très liquides (faciles à acheter/vendre) ;
- très peu risqués ;
- plus rémunérateurs qu’un compte courant (non rémunéré).
Ce qui en fait par conséquent un bon candidat pour placer les liquidités de notre assureur. Et qui illustre comment un intermédiaire non bancaire (un fonds monétaire) peut répondre à un besoin de façon plus adéquate qu’une banque.
En bref, le terme shadow banking semble peu approprié : pas de scenario de film ici, mais un vaste ensemble d’acteurs qui ne sont pas des banques. Moins contrôlés que ces dernières, ils répondent néanmoins à une demande bien réelle, émanant des agents économiques. Les informations à leur sujet sont bien plus accessibles aujourd’hui que lors de la crise de 2007.
Les réguler de façon adaptée est une mission que des institutions internationales mènent depuis des années, afin de limiter le risque systémique qu’ils peuvent poser. Vos recommandations personnalisées par S’investir Conseil peuvent inclure des solutions de shadow banking si elles sont jugées pertinentes.
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