Investir en actions diversifiées se révèle souvent rémunérateur sur le long terme. Une des raisons réside dans le risque accepté par l’investisseur, car leurs cours fluctuent. Si les actions sont exprimées dans une devise étrangère, comme les actions américaines pour un européen, s’ajoute alors un risque supplémentaire : celui des devises. A savoir la valeur d’un euro contre des dollars. Certains ETF permettent de minimiser ce second risque : les « ETF hedged ». Analysons-les.
ETF hedged : définition
Afin de bien comprendre ce qu’est un ETF hedged, commençons par aborder ce qu’est un ETF standard, à savoir non protégé du risque des devises.
Cas des ETF standards (non couverts en devises)
Considérons un indice actions classique sur le marché européen : le Stoxx Euro 600. Comme son nom l’indique, il suit la performance de 600 entreprises en Europe. Ainsi, un investisseur européen dont la monnaie est l’euro peut très facilement investir sur un ETF Stoxx Euro 600. Les variations constatées seront cantonnées à celles des 600 constituants de l’indice, dont l’unique devise est l’euro.
En revanche, si les constituants de l’indice recherché sont exprimés dans une autre devise que l’euro (toujours pour notre investisseur européen), une autre dimension s’ajoute.
Exemple :

Sur ce graphique étalé sur 1 an :
- en rouge, les variations d’un ETF en USD (US dollar) ;
- en bleu turquoise, le taux de change USD/EUR.
Investir 100 $ (USD) sur cet ETF n’a rien rapporté au terme de l’année. Soit une performance de 0 % avec cette monnaie. En revanche, dans le même temps, 1 USD est passé de 1 à 1,07 EUR. 100 EUR en début d’année se sont donc transformés en 107 EUR en fin d’année, soit 7 % de performance captée en euros sur ce même ETF.
A une condition : accepter le risque de devise, ce qui est le cas d’un ETF classique (non couvert). La version « hedged » de cet ETF aurait donc rapporté environ 0 % à un européen. Car l’influence de la parité de ces 2 devises aurait alors été très amoindrie, quelle que soit la véritable variation (courbe bleu turquoise).
Les performances affichées plus haut n’ont pour but que d’expliquer des mécanismes. Elles ne sont pas tirées de chiffres réels, et ne représentent pas des conseils en investissement.
Cas des hedged ETF (couverts en devises)
Assurance
La parité entre 2 devises découle d’un fonctionnement très classique : la loi de l’offre et de la demande. Le foreign exchange (souvent appelé Forex ou FX)est le marché des devises, sur lequel une monnaie se négocie contre une autre.
Exemple : on peut y acheter 100 EUR contre 101,15 USD. Ce marché est le plus liquide au monde : l’équivalent de 6 000 milliards $ s’y échangent quotidiennement ! Les fluctuations sont imprévisibles.
Comment un ETF hedged peut-il atténuer ces variations de devises, pourtant bien réelles ? Cette question relève d’un mécanisme bien connu de tous. En effet, certains types de risques peuvent être assumés par un tiers (personne ou institution). Ce dernier exigera évidemment une rémunération en contrepartie. C’est le principe d’une assurance.
Par exemple, si l’on redoute de briser ou perdre son smartphone, on peut payer une prime (de risque) à un assureur qui nous remboursera si un tel événement se produit. Similairement, un gérant d’ETF hedged met en place un mécanisme d’assurance pour se couvrir partiellement contre les variations de devises. Dans notre exemple plus haut, la paire USD/EUR sera concernée.
Contrat forward
Plus en détails, un contrat financier est établi entre ce gérant (qui veut se protéger) et un autre institutionnel (qui va assumer une grande partie du risque). Il s’agit d’un forward. Ce type de contrat financier n’est accessible qu’aux professionnels, et autorise toute latitude entre les 2 parties tant qu’un accord est trouvé.
Le fonctionnement d’un tel contrat est assez complexe. L’idée à retenir est que le forward permet de verrouiller un taux de change à l’avance. Cette couverture ne peut cependant pas être parfaite, car l’incertitude sur le futur taux réel subsiste malgré tout. De plus, cette couverture engendre un coût pour le gérant de l’ETF, qui se répercute sur la performance finale servie à l’investisseur.
Forward et maturité
Les institutions proposant des contrats forward permettent des maturités (échéances des contrats) allant de 1 jour à plusieurs années. Les gérants de fonds optent couramment pour une maturité à 30 jours, car elle offre un bon compromis entre coût et qualité de couverture.
Rappelons qu’une assurance engendre toujours un coût. Par conséquent, les frais des ETF hedged sont souvent supérieurs à ceux des ETF standards.

Enfin, gardons en tête que les forwards peuvent simplement servir à des entreprises qui exportent et perçoivent des capitaux dans d’autres devises. Considérons une entreprise française qui vend du vin.
Elle exporte une partie de sa production au Japon, dont les clients règlent en JPY (yen japonais). Comme toute entreprise, elle doit estimer ses futurs revenus. Elle peut donc préférer sécuriser un taux de change au plus tôt, et ainsi limiter l’incertitude future du réel taux de change EUR/JPY.
Comparaison de performances : ETF standard et hedged pour le S&P 500
Prenons en exemple le célèbre indice international MSCI World. Ce dernier repose sur environ 15 devises, dont la prépondérante est le dollar américain. Afin de pouvoir en capter la performance, considérons ces 2 ETF :
- le Xtrackers MSCI World Swap UCITS ETF 4C EUR hedged (frais de gestion annuels : 0,52 %) ;
- le Amundi MSCI World UCITS ETF UCITS ETF Acc (frais de gestion annuels : 0,12 %) ;
La période étudiée ici est de 15 ans, et court de septembre 2010 à septembre 2025 :

Sur ce graphique, on constate que la version classique de l’ETF (en rouge) a surperformé la version hedged sur le même indice boursier.
| ETF | Performance annualisée sur la période | 10 000 € initiaux sont devenus |
|---|---|---|
| Classique (non couvert EUR/USD) | 12,10 % | 56 900 € |
| Hedged (couvert EUR/USD) | 9,92 % | 42 600 € |
Rappelons que les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Cette tendance pourrait donc s’inverser à l’avenir.
ETF couvert ou ETF non hedgé : l’importance de l’objectif visé
Commençons ici par donner un historique du taux de change USD/EUR entre le 31 janvier 1999 et le 31 janvier 2026 :

On constate que sur 27 ans, le taux USD/EUR est resté assez stable. Ce qui, pour un investissement de long terme, a plutôt donné raison à ceux qui ont opté pour des fonds exposés au risque de devise. Car ils n’ont pas payé de frais supplémentaires pour des fonds hedged.
Méfions-nous cependant du biais de rétrospection, bien connu en finance comportementale. Ceci consiste à juger a posteriori que les événements passés étaient faciles à prévoir.
A la lumière de tout ce qui précède, une question vient à l’esprit : faut-il opter pour des fonds classiques ou hedged ?
Comme bien souvent en finance, la réponse est nuancée. Tout d’abord, il faut identifier ses objectifs. Si l’on recherche la performance sur le long terme, investir sur un ETF actions classique (donc non couvert en devises, comme la courbe MSCI World en rouge plus haut) est pertinent car :
- sur le long terme, les variations ont tendance à s’estomper, du moins pour la paire EUR/USD ;
- les moindres frais des fonds classiques jouent en la faveur de l’investisseur ;
- accepter le risque de devises constitue une source de diversification.
En revanche, si l’on se penche sur une partie du portefeuille censée amener de la stabilité, se couvrir contre les risques de changes est préférable. Couverts en devises ou non, seules les meilleures assurances-vie proposent des ETF.
Illustrons par exemple le taux de change entre le Réal brésilien (BRL) et l’EUR, entre janvier 2007 et janvier 2026 :

Contrairement à la paire USD/EUR vue plus tôt, ce taux de change BRL/EUR ne montre pas de stabilité. Dans ce cas, si l’on souhaite investir en obligations (emprunts) internationales incluant certaines devises peu stables, une couverture est judicieuse.
En bref, la question de la couverture en devises est intéressante car elle soulève plusieurs points. Elle implique des contrats forward peu connus du grand public, qui permettent de se protéger partiellement du risque de change. Elle implique un surcoût car elle fait porter une partie du risque par un autre acteur financier. Opter ou non pour un tel choix n’est pas binaire : un investisseur peut tout à fait décider de recourir à des fonds non couverts pour une partie du portefeuille offensive. Tout en choisissant des fonds hedged pour d’autres parties plus défensives. Ce comparatif des meilleurs ETF permet d’explorer des fonds pertinents.