L’Assemblée nationale a définitivement adopté le 16 décembre 2025 la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Parmi les mesures qui vont impacter directement votre portefeuille figure l’augmentation du prélèvement forfaitaire unique (PFU), communément appelé flat tax.
De 30 %, ce taux grimpe à 31,4 %. Une hausse mécanique provoquée par l’augmentation de la contribution sociale généralisée (CSG). Cette évolution, qui peut sembler modeste au premier abord, implique une fiscalité alourdie pour certains de vos investissements. Je vous propose d’examiner ensemble cette évolution fiscale et ses conséquences concrètes sur vos placements en cours ou futurs.
Cet article vise à informer le lecteur sur des thématiques financières. Il ne constitue pas un conseil personnalisé et tout investissement comporte des risques, notamment de perte en capital et de variation des performances.
Conseil de Matthieu
Le passage à 31,4 % du PFU
La hausse du PFU 🔺 découle directement de l’augmentation de la CSG sur les revenus du capital. Le législateur a en effet décidé de porter le taux de la CSG de 9,2 % à 10,6 %, soit une progression de 1,4 point. Cette décision s’inscrit dans le cadre du financement de notre protection sociale, les revenus du capital étant appelés à contribuer davantage à l’effort collectif.
Le prélèvement forfaitaire unique se compose de 2 éléments distincts :
- l’impôt sur le revenu à 12,8 % ;
- les prélèvements sociaux, jusqu’à 2025 à 17,2 %.
Ces derniers regroupent plusieurs contributions dont la fameuse CSG, mais aussi la CRDS, le prélèvement de solidarité et la contribution additionnelle. L’ensemble de ces prélèvements sociaux passe de 17,2 % à 18,6 %.
➡️ La conséquence est immédiate : 12,8 % (impôt sur le revenu) + 18,6 % (prélèvements sociaux) = 31,4 %. Pour les contribuables les plus fortunés, soumis à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR) ou à la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR), la fiscalité globale peut même atteindre 38,6 %. Un taux qui rappelle que la progressivité fiscale reste bien présente, même dans un système forfaitaire.
Le PFU combine 2 composantes bien distinctes. Les 12,8 % d’impôt sur le revenu restent inchangés, c’est uniquement la partie sociale qui augmente. Cette nuance peut paraître technique, mais elle a son importance lorsque vous choisissez entre PFU et barème progressif.
Conseil de Matthieu – Seule la « part sociale » augmente
Quels placements sont concernés par l’augmentation du PFU ?
La réforme ne frappe pas uniformément tous les revenus du capital.
Les revenus soumis au nouveau taux de 31,4 % sont principalement ceux issus de placements financiers détenus en direct. Les dividendes d’actions que vous percevez de vos participations, qu’elles soient cotées ou non, entrent dans cette catégorie. Les intérêts générés par vos obligations, comptes-titres ordinaires (CTO) ou comptes à terme subissent également cette hausse 🔺. Le PEA aussi est concerné. Les plus-values réalisées lors de la cession de valeurs mobilières sont tout autant concernées. Enfin, les revenus des livrets bancaires fiscalisés n’échappent pas à la règle.
À l’inverse, certains supports patrimoniaux ont été expressément préservés de cette augmentation. L’assurance-vie figure en tête de liste. Les produits de vos contrats d’assurance-vie et de capitalisation restent soumis à leur fiscalité habituelle. L’abattement après 8 ans demeure inchangé, et les prélèvements sociaux n’augmentent pas sur ces supports 🤞. Cette stabilité confirme, si besoin était, l’attractivité de l’assurance-vie dans une stratégie patrimoniale de long terme. Le PER, bien qu’ayant de nombreux points communs avec l’assurance-vie, est malheureusement concerné par le passage à 31,4 %. Ainsi, en cas de sortie en capital, les plus-values sont désormais assujetties à la flat tax, de 31,4 %, contre 30 % avant le rehaussement de la CSG.
L’immobilier bénéficie également d’une exemption 🏘️. Les revenus fonciers, qu’ils proviennent de locations nues classiques ou d’investissements en SCPI, ne sont pas affectés. Les plus-values immobilières conservent leur régime d’imposition actuel. Les intérêts et primes des plans d’épargne logement (PEL) et plans d’épargne populaire (PEP) échappent aussi à la hausse.
⚠️ Une exception notable mérite toutefois votre attention : les revenus issus de la location meublée non professionnelle (LMNP). Bien qu’il s’agisse d’immobilier, ces revenus sont fiscalement classés dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux (BIC). À ce titre, ils relèvent des revenus du patrimoine visés par la réforme et subiront donc la hausse des prélèvements sociaux à 18,6 %.
L’exclusion de l’assurance-vie de cette hausse n’est pas anodine. Elle traduit la volonté du législateur de ne pas décourager l’épargne longue. Dans un contexte de réforme des retraites, maintenir l’attractivité de ce placement constitue un signal fort.
Conseil de Matthieu – L’assurance-vie reste aussi attractive
Le cas particulier du PEA : une fiscalité qui se dégrade aussi
Le plan d’épargne en actions mérite qu’on s’y attarde particulièrement, car sa situation illustre parfaitement la complexité de cette réforme (la preuve, la page officielle du Ministère de l’économie et des finances n’est pas à jour au moment d’écrire ces lignes). Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le PEA n’échappe pas totalement à la hausse, même s’il bénéficie d’un traitement fiscal globalement préservé.
Rappelons le principe : le PEA offre une exonération d’impôt sur le revenu sur les plus-values et dividendes, à condition de ne pas effectuer de retrait avant 5 ans ✅. Après ce délai, seuls les prélèvements sociaux s’appliquent lors d’un retrait. Et c’est précisément là que le bât blesse : ces prélèvements sociaux passent de 17,2 % à 18,6 % avec la réforme.
Concrètement, si vous détenez un PEA de plus de 5 ans avec 50 000 € de gains latents, un retrait total vous coûtera désormais 9 300 € de prélèvements sociaux au lieu de 8 600 €, soit 700 € supplémentaires. L’écart peut sembler modeste, mais il grignote votre performance nette.
En revanche – et c’est essentiel de le souligner –, tant que vous ne procédez à aucun retrait, votre PEA continue de capitaliser sans aucune fiscalité. Les dividendes perçus au sein de l’enveloppe sont automatiquement réinvestis en franchise d’impôt. C’est toute la force de ce placement : la fiscalité n’intervient qu’au moment du retrait, vous laissant bénéficier pleinement de l’effet boule de neige de la capitalisation.

➡️ Le PEA conserve donc un avantage fiscal indéniable face au compte-titres ordinaire. Sur ce dernier, chaque dividende perçu subit immédiatement les 31,4 % de prélèvement, réduisant mécaniquement le montant réinvesti. Sur un PEA, la totalité du dividende reste investie. À horizon 10 ou 20 ans, cette différence de traitement fiscal se traduit par un écart de performance substantiel.
Tableau des produits concernés par la hausse du PFU
| Type de placement | Concerné par la hausse | Taux applicable | Remarques |
|---|---|---|---|
| Dividendes d’actions (CTO) | ✓ Oui | 31,4 % | Ou barème progressif + 18,6 % avec abattement de 40 % |
| Intérêts d’obligations (CTO) | ✓ Oui | 31,4 % | Ou barème progressif + 18,6 % |
| Plus-values mobilières (CTO) | ✓ Oui | 31,4 % | Dès 2025 pour les cessions réalisées |
| Comptes à terme | ✓ Oui | 31,4 % | Revenus perçus dès le 1er janvier 2026 |
| Livrets bancaires fiscalisés | ✓ Oui | 31,4 % | Les livrets réglementés restent exonérés |
| Revenus LMNP (location meublée) | ✓ Oui | 18,6 % | Uniquement les prélèvements sociaux en hausse |
| PEA (après 5 ans) | ⚠️ Partiel | 18,6 % | Seulement les prélèvements sociaux, pas d’IR |
| PEA (avant 5 ans) | ✓ Oui | 31,4 % | En cas de retrait entraînant la clôture |
| PER assurantiels ou en format comptes-titres | ✓ Oui | 31,4 % | Retraits effectués depuis le 1er janvier 2026 |
| Assurance-vie | ✗ Non | Inchangé | Maintien du régime fiscal antérieur |
| Revenus fonciers (location nue) | ✗ Non | Barème + 17,2 % | Aucune modification |
| Plus-values immobilières | ✗ Non | Barème spécifique | Régime d’imposition préservé |
| PEL/PEP (intérêts et primes) | ✗ Non | Selon ancienneté | Pas de hausse des prélèvements sociaux |
| SCPI (revenus fonciers) | ✗ Non | Barème + 17,2 % | Traités comme les revenus fonciers classiques |
| Livret A, LDDS, LEP | ✗ Non | 0 % | Totalement exonérés d’impôt et de prélèvements |
Le calendrier d’application de la hausse du PFU
Le législateur a prévu 2 modalités d’entrée en vigueur distinctes, créant une situation quelque peu complexe que je souhaite clarifier avec vous. Cette différenciation temporelle mérite une attention particulière pour anticiper correctement l’impact fiscal sur vos revenus ⚠️.
1️⃣ Pour les revenus du patrimoine visés à l’article L.136-6 du Code de la sécurité sociale, notamment les plus-values de cession de valeurs mobilières, la hausse s’applique à compter de l’imposition des revenus de l’année 2025. Oui, vous avez bien lu : des revenus réalisés avant même le vote définitif de la loi seront soumis au nouveau taux de CSG. Une plus-value de cession d’actions réalisée en février 2025 sera ainsi imposée entre 31,4 % et 38,6 % selon votre situation. Cette rétroactivité fiscale, bien que légale, interpelle. Elle soulève des questions de sécurité juridique qui ne manqueront pas d’alimenter les débats entre fiscalistes.
2️⃣ Pour les produits de placement, en revanche, la hausse s’applique aux revenus perçus à compter du 1er janvier 2026. Cette catégorie englobe notamment les dividendes et les intérêts. Ainsi, des dividendes distribués en décembre 2025 resteront soumis à la flat tax à 30 %, tandis que ceux versés en janvier 2026 subiront le taux de 31,4 %. Cette distinction temporelle peut avoir son importance dans certaines stratégies de distribution au sein des sociétés dont vous êtes actionnaire.
➡️ Cette différence de calendrier s’explique par les mécanismes de recouvrement : les revenus du patrimoine sont généralement recouvrés de l’établissement de votre avis d’imposition 📄, tandis que les revenus de placement font l’objet d’un prélèvement à la source par l’établissement payeur.
👉 Lisez aussi mon article complet sur le budget 2026.
Choisir entre PFU ou barème progressif en 2026
La question du choix entre le PFU et le barème progressif de l’impôt sur le revenu se pose lorsque vous avez le choix pour obéir à vos obligations fiscales. Rappelons que le PFU n’est pas obligatoire : vous pouvez opter pour l’imposition de vos revenus financiers au barème progressif lors de votre déclaration de revenus si cette option est possible.
Le PFU présente un avantage : sa simplicité ✅. Vous connaissez immédiatement le taux d’imposition applicable à vos revenus du capital, quel que soit votre niveau de revenus global. À 31,4 %, ce taux reste relativement attractif pour les contribuables situés dans les tranches marginales d’imposition élevées (41 % ou 45 %).
En revanche, pour les contribuables dont la tranche marginale d’imposition est inférieure ou égale à 30 %, l’option pour le barème progressif peut s’avérer plus avantageuse. Cette option permet notamment de bénéficier d’un abattement de 40 % sur les dividendes, une disposition qui peut faire toute la différence. Concrètement, seuls 60 % de vos dividendes seront soumis à l’impôt sur le revenu selon votre tranche marginale, avant application des prélèvements sociaux à 18,6 %.
Le choix se complique davantage lorsque vous détenez différents types de placements. Le compte-titres ordinaire, soumis au PFU, peut coexister avec un PEA dont les plus-values bénéficient d’une fiscalité spécifique. Dans ce cas, une analyse globale de votre situation patrimoniale s’impose.
➡️ Il convient également de noter que l’option pour le barème progressif est globale : elle s’applique à l’ensemble de vos revenus de capitaux mobiliers et gains de cession de valeurs mobilières de l’année. Vous ne pouvez pas choisir le PFU pour certains revenus et le barème pour d’autres. Cette contrainte impose une vision d’ensemble de votre fiscalité.
Réagir face à l’augmentation du PFU : ces stratégies d’optimisation à utiliser
Cette évolution fiscale de 1,4 % est faible ? Oui, mais elle déclenche pour certains une réflexion. Une remise en question totale de vos investissements n’est pas nécessaire ❓, mais vous pouvez utiliser cette évolution pour réévaluer certains choix. Plusieurs leviers d’optimisation méritent d’être activés. Je partage avec vous quelques pistes de réflexion qui peuvent s’avérer pertinentes selon votre situation.
La première consiste à privilégier les enveloppes fiscalement avantageuses. Maximiser vos versements sur un PEA (plafond de 150 000 €) et une assurance-vie permet de mettre vos actifs à l’abri d’une fiscalité plus lourde. Cette approche, que je recommande, prend encore plus de sens avec la hausse du PFU 🔺.
L’arbitrage entre distribution et capitalisation dans vos sociétés mérite également réflexion. Si vous êtes dirigeant d’entreprise, le contexte peut vous inciter à privilégier la croissance interne et le réinvestissement plutôt que des distributions de dividendes immédiatement taxées. Cette stratégie, combinée à un éventuel projet de cession future bénéficiant de régimes d’exonération, peut s’avérer fiscalement efficiente.
L’option pour le barème progressif doit être systématiquement simulée. Pour des contribuables dont la tranche marginale d’imposition n’excède pas 30 %, l’abattement de 40 % sur les dividendes peut compenser largement la hausse des prélèvements sociaux. Un calcul précis s’impose chaque année.
La transmission anticipée de patrimoine peut aussi retrouver un certain intérêt. Avec un différentiel fiscal qui se creuse, transmettre des actifs générateurs de revenus à des enfants situés dans des tranches d’imposition plus basses peut optimiser la fiscalité familiale globale 👪. Les donations en démembrement conservent également toute leur pertinence.
Enfin, la diversification géographique de vos investissements peut être envisagée, bien que cette piste reste complexe. Les conventions fiscales internationales offrent parfois des opportunités, mais les dispositifs anti-abus comme l’exit tax ou les règles de résidence fiscale imposent une grande prudence. Cette voie nécessite un accompagnement professionnel approfondi.

Il n’existe pas de vérité absolue en matière de stratégie patrimoniale, seulement des solutions adaptées à chaque situation.
Cette augmentation du PFU s’inscrit dans une tendance longue d’alourdissement de la fiscalité du capital. Depuis la création de la CSG en 1991 à un taux de 1,1 %, nous sommes passés par de multiples étapes pour atteindre aujourd’hui 10,6 %. Cette progression n’est probablement pas terminée, et il serait hasardeux de parier sur une stabilité fiscale durable. D’où l’importance de construire une stratégie patrimoniale résiliente, capable de s’adapter aux évolutions réglementaires sans remettre en cause vos objectifs fondamentaux.
La diversification entre enveloppes fiscales différentes, la répartition équilibrée entre actifs de croissance et actifs de rendement, et surtout une vision de long terme restent vos meilleurs alliés face à l’instabilité fiscale. Comme le disait Benjamin Franklin avec une lucidité toujours d’actualité : « Dans ce monde, rien n’est certain, à part la mort et les impôts. » Autant s’y préparer intelligemment.
⚠️ Toute décision d’investissement doit être prise après une analyse personnelle de votre situation financière, de vos objectifs patrimoniaux et de votre profil de risque.
2 réponses
Pourquoi avoir exempté l’assurance vie ? Si c’est une question de retraite comme mentionné dans l’article, il eut été plus pertinent de le faire pour le PER !
Bonjour, bonne question pour la raison. J’avais vu que c’était pour préserver l’épargne longue et l’attractivité de l’assurance vie, placement préféré de nombreux Français (plutôt des banquiers à mon humble avis 😉